Stage reco – Trail Verbier Saint Bernard

Cet été, j’aurai dû fouler les pentes mythiques du massif du Mont Blanc en participant à la OCC (la fameuse « petite » course de l’UTMB qui sillonne entre Orsières, Champex et Chamonix). Malheureusement, le tirage au sort en a décidé autrement. Car oui, en plus de devoir récolter le nombre de points suffisants pour l’inscription (points eux-mêmes laborieusement obtenus lors de différents trails durant la saison 2016), nous devions ensuite faire face à un affreux tirage au sort.

Le verdict tomba, je n’étais pas retenue. Mes copines de course non plus d’ailleurs… Qu’à cela ne tienne, il nous fallait un nouvel objectif! Quelque chose de beau, de grand, de fou! Ce serait la traversée La Fouly Verbier! Un trail encore plus long que la OCC, 61km pour 4’100m de dénivelé positif, sur un parcours certes grandiose mais très exigeant et alpin. Et à la maison, en Suisse.

Le TVSB propose trois formules: la X Alpine (au programme seulement 111km et 8’400m de dénivelé…), la Traversée, et Liddes Verbier, course à laquelle j’avais participé l’été dernier: 32km sous un soleil de plomb. Les fortes chaleurs avaient d’ailleurs eu raison de moi, et après avoir hésité une bonne dizaine de fois à abandonner la course, j’arrivais à Verbier après un peu plus de 7h d’effort. J’étais certes très loin de mes objectifs, mais tellement heureuse de franchir la ligne d’arrivée! En revanche, la perspective de refaire cette année ce parcours tout en rajoutant 29km de plus en première partie me donnait quelques sueurs froides.

Comment mon corps pourrait-il fournir un effort aussi conséquent pendant plus de 10 heures? Je n’avais pas la réponse. Et je ne l’ai d’ailleurs toujours pas aujourd’hui. Ce que je sais en revanche, c’est que le corps a cette incroyable faculté à s’adapter et à vous faire avancer, alors que vous pensiez ne pas pouvoir aller plus loin. C’est d’ailleurs ainsi que j’en suis arrivée à parcourir de telles distances. On commence par 10km, qui se transforment en 15 puis 20 et auxquels on rajoute encore 10 et ainsi de suite.

Afin de chasser toute appréhension (car oui on a toujours l’impression d’être sous-entraîné) et pour gagner en sérénité, Sandra décide de nous inscrire à un stage de reconnaissance du parcours sur 2 jours. Au programme, le dit parcours, mais réalisé en 2 étapes, en groupe et avec un super coach en la personne de Jules Henri Gabioud. Jules fait partie de ces extraterrestres du trail: capable d’avaler des dizaines de kilomètres sans jamais avoir l’air fatigué et toujours avec le sourire.

Malheureusement, Sandra ne participera pas à cet entraînement à cause d’une vilaine blessure. Le stage a lieu 2 semaines avant la course. Ca me parait un peu short… En même temps, je me dis que ça n’est peut-être pas plus mal: le parcours sera encore bien imprimé dans ma tête et je profiterai ensuite de ces deux dernières semaines pour  me reposer.

Le week-end s’annonce radieux. Peut-être un peu trop? Je n’aime vraiment pas courir lorsqu’il fait chaud, et les prévisions ne sont pas en ma faveur… Le rendez-vous est donné Samedi matin à 8h45 à la gare d’Orsières. Jade me récupère au passage et nous partons en direction du Valais. Tu t’es entraînée? Non, pas assez. Et toi? Non plus :D. Nous ne sommes clairement pas habituées à ce genre de stage et redoutons de compter au sein du groupe des ultra-traileurs ultra forts et ultra entraînés. Heureusement une fois sur place, Jules nous rassure rapidement. Le groupe a l’air super sympa! Nous sommes une bonne quinzaine, des jeunes, des plus âgés, des suisses, des français, des américains,  un bon melting pot. Tout le monde est heureux d’être là et de partager ces moments, et tout le monde se dit sous-entraîné. Ouf! Et nous sommes chanceux, ce n’est pas un coach que nous aurons durant le week-end mais 2! Car Candide, le frère de Jules sera également présent. Avec les conseils de ces deux là pendant deux jours, nous ne pourrons que briller le jour J!

Et voici les réjouissances du programme:


La première partie du parcours nous amène de la Fouly jusqu’à Bourg Saint Pierre. Ce ne sont pas moins de 26km, 1650m D+ et autant de D- qui nous attendent. Parfait pour se mettre en jambe! Le parcours est somptueux et c’est un coin que je connais bien et que j’adore. La montée depuis la Fouly jusqu’au lac de Fenêtre passe plutôt bien. Elle est assez courte mais régulière. Ces lacs sont toujours aussi beaux! Après une petite pause barre de céréales, nous partons en direction du Col de Fenêtre. Je commence à avoir chaud, il fait chaud, mais je me force depuis le départ à boire beaucoup et régulièrement (ce qui sera finalement la clé de la réussite de cette journée). Ca passe jusqu’au col. Je m’amuse à repérer les tracés que nous avons l’habitude de faire l’hiver en ski de randonnée. Au col, nous sommes à la frontière suisso italienne. Je n’ai pas mon passeport (ah ah ah :p). Une petite descente, suivie d’une petite montée, et nous arrivons au col du Grand Saint Bernard.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous nous arrêtons du côté italien pour un bon pique-nique. Je n’ai pas l’habitude de faire des pique-niques au beau milieu d’un trail, mais c’est plutôt agréable! Hormis la digestion du sandwich qui ensuite en courant n’est pas si sympathique que cela, je vous passe les détails… 🙂 Après un petit arrêt touristique à l’hospice, nous repartons en direction du col des Chevaux. J’ai vraiment trop chaud. Jade, qui est derrière moi me pousse, je monte péniblement mais sûrement. L’arrivée au col est une délivrance. Il ne nous reste pour aujourd’hui que de la descente. Du col, on aperçoit les Monts Telliers, les Grandes Jorasses, les lacs du petit et du grand Lé. La descente jusqu’à la combe du Drône est assez périlleuse, mieux vaut arriver ici lucide et frais, au risque de glisser sur quelques centaines de mètres… Une fois dans la combe, la pente se fait de plus en plus douce et régulière. Nous longeons le barrage qui me parait interminable. Il ne reste ensuite que quelques kilomètres jusqu’au village de Bourg Saint Pierre.

 

 

 

 

 

 

 

Nous dormons à l’auberge du Petit Vélan à Bourg Saint Pierre. C’est drôle, je suis passée des dizaines de fois devant ce village mais je ne m’y étais jamais arrêtée. En même temps, c’est un peu un village fantôme et je m’y verrai mal y passer 2 semaines de vacances! Candide nous amène jusqu’à la fontaine. Ni une ni deux, on enlève les chaussures crasseuses, les chaussettes, encore plus crasseuses et on plonge les jambes dans cette eau glacée. Vivifiant et revigorant! Après une rapide installation dans les chambres douillettes de l’auberge, direction le bar du village, c’est l’heure de la bière et de l’assiette valaisanne! On est en entraînement certes, mais il y a certaines règles à respecter! 🙂 Cet apéro sera suivi d’une session étirements et yoga assez cocasse avec tout le groupe. Et c’est après un bon diner  et un debrief des coachs que nous allons nous coucher. D’ailleurs les coachs sont contents! Nous avons un bon rythme. Alors si les coachs sont contents, nous sommes contents! Bonne nuit.

Dimanche matin, 6h00. Bizarrement mes jambes me font peu souffrir… les courbatures n’arriveront sans doute que le lendemain. Moi qui ai toujours faim, en ce dimanche matin, j’ai encore plus faim! Au programme la traditionnelle tartine beurre Nutella, un concentré de lipides mais bougrement efficace. Heureusement il a plu pendant la nuit. L’air est frais, les odeurs de bois et d’herbe s’échappent du sol et nous montent au nez. Aujourd’hui est notre grosse journée: 35km pour 2400m de dénivelé positif. J’appréhende surtout la fin du parcours, la fameuse montée de la Chaux qui avait eu raison de moi l’année passée. La montée jusqu’à la cabane de Mille me parait étonnamment agréable. Je suis en forme, mes jambes avancent sans broncher. Le brouillard et la pluie ne me dérangent pas, et nous font sans doute perdre un peu la notion de distance à parcourir. Mais en me retournant ça et là, et en voyant au loin d’où l’on vient, je réalise le chemin parcouru. C’est tout simplement incroyable!


 

 

 

 

 

 

A la cabane, nous nous arrêtons pour reprendre des forces. Le gardien nous offre gentiment du thé, il est content que des traileurs s’arrêtent! Ca tombe bien, nous aussi nous sommes contents d’être là. Depuis la  cabane de Mille, je connais le parcours. Il y a d’abord cette interminable descente jusqu’à Lourtier, puis cette atroce montée de la Chaux. Là, on croit être arrivé, mais non. Verbier n’est pourtant plus très loin. Alors je tente de transformer cette interminable en bucolique descente et cette atroce en agréable montée. La descente reste longue, très longue, surtout lorsque l’on a déjà quelques dizaines de kilomètres dans les pattes. Je sens mes genoux. Je décide de ne pas forcer et passe en mode tortue automatique pour m’économiser. Ca n’est pas le moment de se faire mal. Heureusement, les coachs ont prévu une pause pique nique à Lourtier avant d’attaquer le gros morceau. Oui mais moi j’ai peur… peur de ne pas y arriver. D’autant plus que le soleil est revenu. La perspective de cette montée, de nouveau sous une chaleur de plomb, m’effraie. Allez, c’est aujourd’hui qu’il faut y arriver. Je me motive comme je peux. Il faut avancer, boire, avancer, boire, avec un rythme régulier. Se motiver, avancer, boire et encore avancer.

 Je l’ai faite cette montée! Nous l’avons tous faite! Et en moins de 2 heures! Mais elle reste longue, très longue, épuisante, éreintante. Une fois là haut, nous savons que le gros du parcours est fait, il suffirait presque de se laisser rouler jusqu’à Verbier. Presque. Tout est dans la nuance. Je sens les courbatures et les crampes qui arrivent et la fin est difficile. Candide me pousse sur les derniers kilomètres. Ces coachs savent décidément nous motiver lorsqu’il le faut! Ensuite, c’est la délivrance. Et en l’espace de quelques instants, on en oublierait presque les difficultés et qu’on en a bavé. C’est aussi ça le trail. Un mélange d’émotions indéfinissables, se surpasser, et se demander une bonne dizaine de fois pendant la course ce qu’on fait là et que c’est la dernière fois, alors qu’on sait pertinemment qu’à l’arrivée (ou du moins quelques jours après), on réfléchira déjà à notre prochaine course. Allez on va boire une petite bière pour fêter ça! 😀

Et la suite dans tout ça? Et bien la suite c’est Samedi à 10h, pour ma traversée La Fouly Verbier!

Et pour me suivre en direct ce sera par ici! Dossard 1382 😉

To be continued … 🙂

 

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