Au coeur de la Patrouille des Glaciers

La saison de ski est belle et bien terminée et a fait place depuis déjà quelques mois aux randonnées, sorties trail et autres ploufs dans le lac. J’ai été, comme d’habitude, très occupée, et le blog fonctionne toujours au ralenti, à mon grand regret. J’avais cependant à coeur de partager avec vous ce récit que j’avais écrit pour le Community Touring Club, dont je suis ambassadrice. Le temps d’un instant, je vous emmène vous rafraîchir au coeur de la Patrouille des Glaciers.

Alors bonne lecture, et à bientôt (promis) pour de nouvelles aventures 😉

Au cœur de la Patrouille des Glaciers

La Patrouille n’est pas une simple course de ski alpinisme. C’est LA course, celle à laquelle chaque skieur rêve un jour de participer. Elle est au ski alpinisme ce que l’UTMB serait à la course de montagne. Un mythe, un parcours exigeant, très exigeant, des émotions, des paysages à couper le souffle, et surtout une ambiance extraordinaire avec des milliers de supporters qui se rassemblent tout au long du parcours.

Samedi 22 Avril, 4 heures du matin. Le réveil vient de sonner. On croirait presque à un départ dans un refuge, mais nous sommes pourtant installés bien confortablement dans notre petit lit douillet au cœur de Verbier. Les gestes restent cependant les mêmes, tout est mécanique, automatisé à ces heures si matinales. Vêtements, brossage des dents, avaler un semblant de petit-déjeuner, une boisson chaude. Les sacs sont déjà prêts, on enfile nos chaussures de ski, on vérifie une dernière fois le matériel et c’est parti.

Aujourd’hui, c’est un Samedi un peu spécial. Nous partons au cœur de la Patrouille des Glaciers, jusqu’à la Rosablanche pour encourager les coureurs et vivre la magie de l’intérieur. A défaut de pouvoir y participer cette année, cela nous semblait être un excellent compromis. On m’a souvent parlé de cette ambiance si particulière, la même que l’on pourrait d’ailleurs retrouver au sommet du Grand-Mont, à Arêches, pour le passage de la Pierra-Menta. L’occasion était donc parfaite, d’autant plus que la Rosablanche me faisait de l’œil depuis quelques années.

A 4h45, le village est encore désert, nous ne croisons que quelques groupes de militaires. L’air est doux et sent bon le Printemps, il fait déjà chaud pour la saison. Les remontées mécaniques sont exceptionnellement ouvertes pour permettre aux spectateurs matinaux de rejoindre sans effort le col des Gentianes.  Quelle étrangeté que de se retrouver suspendus dans de petites cabines mais dans le noir. On y perd complètement la notion de l’espace.

La dernière benne nous amène jusqu’au Col des Gentianes. Une fois dehors, un spectacle féérique s’offre à nos yeux. Des centaines de petits points blancs lumineux serpentent dans la montagne. C’est magnifique ! Et moi qui croyais qu’il y aurait un peu de monde, c’est en fait une véritable marée humaine qui rejoint le parcours.

 

Arrivés en bas du col, c’est le moment de mettre les peaux. Les premières lueurs pastel de l’aube caressent la montagne, encore un peu endormie. Et nous aussi.

Des dizaines de skieurs se succèdent en direction du col de la Chaux. C’est un formidable melting pot. Beaucoup sont venus entre amis ou en famille (on croise pas mal d’enfants, dont ce sera pour certains la première sortie en ski de randonnée). On croise tantôt de supers-sportifs portant fièrement équipement dernier cri et combinaison de la Patrouille, tantôt des groupes clairement moins affutés, dont certains nous font quelques frayeurs, vu leur manque d’expérience. La dernière montée avant le col se fait les skis sur le dos. La neige est glacée, la pente plus raide. Un militaire veille d’ailleurs à la sécurité. Les premiers Patrouilleurs sont à vue ! On entend le crissement de la neige glacée sous leurs skis au milieu des cris d’encouragement. Ils descendent vite, très vite.

Au col de la Chaux, la vue est grandiose ! Des dizaines de personnes sont déjà entassées et positionnées. Mais nous sommes encore loin de notre destination. Un petit vent frais se lève, nous ne nous attardons pas et descendons de manière assez hasardeuse les 200 premiers mètres, les skis toujours sur le dos. La pente est aussi raide que de l’autre côté, la neige glacée, mieux vaut ne pas prendre de risque.

La descente se poursuit ensuite en direction du lac du Petit Mont Fort. C’est là que nous « repeautons » pour atteindre ensuite la tête de Momin puis le col de Momin, à 3015m. Se succèdent de longs plats et replats. Les Patrouilleurs de plus en plus nombreux passent à quelques mètres de nous. Les mines sont tantôt fatiguées, tantôt concentrées, parfois déconfites, les styles plus ou moins élégants. Il y a de tout ! Notre rythme de montée est assez lent, entre prises de photos et encouragements. Je traîne un peu la patte, la montée à cette altitude et avec des skis assez larges et lourds se fait sentir, même si je suis bien entraînée. J’en admire d’autant plus ces coureurs, qui eux avalent des kilomètres et du dénivelé depuis plusieurs heures.

Arrivés au Col de Momin sous un grand soleil, nous nous arrêtons le temps d’une petite pause boisson et barre de céréales. La vue est somptueuse, le Grand Combin, le Mont Blanc et l’Aiguille du Chardonnet nous font de l’œil. Nous rejoignons ensuite à un rythme de tortue et non sans douleur la fameuse Rosablanche.

C’est un spectacle complètement surréaliste ! Un véritable bain de foule à plus de 3000 m d’altitude. On est pourtant en haute montagne, je n’ai jamais vu ça. Des drapeaux flottent dans les airs. Se mêlent au son des cloches et des rires, des odeurs de raclette, de fondue et de vin blanc. Il est pourtant à peine 9 heures du matin, mais la plupart sont debout depuis quelques heures déjà. L’ambiance est très festive.

 

Les coureurs, qui viennent de triompher de la fameuse montée de la Rosablanche et de ses 1312 marches passent entre deux haies de spectateurs. C’est la délivrance. La satisfaction se lit sur leur visage, la fatigue aussi. Le plus gros de la course est fait, le reste ne serait presque qu’une formalité. Presque, tout est dans la nuance…

Après un long moment passé là-haut, nous nous mêlons aux coureurs pour redescendre sur Verbier. Tout le monde emprunte le même chemin. Col de Momin, tête de Momin, lac du Petit Mont Fort, Col de la Chaux.

Le long du parcours, les centaines de randonneurs me font penser à de petites fourmis qui vont çà et là, avec en toile de fond les géants valaisans. Un tableau inoubliable.

Nous arrivons à Verbier 2 bonnes heures plus tard, sous un soleil de plomb. Le temps de se changer, nous rejoignons l’aire d’arrivée et le village de la course pour profiter d’un repas et d’une petite bière, bien mérités. Et qui sait, peut-être qu’à notre tour, dans 2 ans, nous franchirons à notre tour cette ligne d’arrivée ?

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